2 posts tagged “vendredis du vin”
Alors voilà, les quelques courageux encore au turbin, ceusses qui ne le sont pas ou plus mais toujours derrière leur écran, ont pondu leurs commentaires, plus jubilatoires les uns que les autres.
Maintenant, on trouvera toujours des gens pour cracher que les vins de table sont d'affreux jus de chaussettes et que l'avenir appartient aux technojuices et autres premixes.
Mais ce n'est pas notre propos à nous autres orpailleurs philosophes.
En ce sens vous et moi serons le poil à gratter de ces gens-là. Et nous combattrons l'ignorance avec une lame de vertu.
Tout d'abord il convient de remettre certains coucous à l'heure, et c'est à Jeanne de fort justement rappeler qu'un vin de pays est aussi un vin de table, à la différence qu'il bénéficie d'une indication géographique de la région de production (chers administrateurs viticoles, vous ne nous rendez pas la tâche facile). Elle nous livre ses émotions papillaires ressenties sans bride à l'occasion de sa visite au Domaine de Lucet, avec entre autres cuvées dégustées sur place (d'ailleurs ma chère Jeanne, sauf votre respect, vous avez l'air d'avoir une belle descente;-) Attention, vous risqueriez d'impressionner la maréchaussée!) un vin de pays du jardin de la France, chardonnay 2007.
Ensuite c'est au tour d'un des piliers de la bande, indécrottable défricheur, généreux au point de consigner avec une exhaustivité maladive les commentaires lyriques de ses dégustations (celui-là aussi j'espère aussi qu'il recrache, et en même temps vu les quilles qui défilent, ça me filerait la nausée de voir tout ça partir à l'égout).
Et là môssieur Olif nous gratifie d'un coup de coeur pour table en tek (d'ailleurs c'est toujours la même table depuis un moment, le turn-over incessant des bouteilles ne s'applique apparemment pas au mobilier..), la Clairette de notre vigneron ubiquiste préféré, Emile Hérédia (Domaine de Montrieux, Coteaux du Vendômois - 41), toute droite sortie de son nouveau domaine languedocien, le domaine des Dimanches. Un peu de fraîcheur ligérienne près de Montpellier, ça motive! D'ailleurs si vous voulez, je peux vous renseigner sur l'origine du nom de ce domaine ;-)
Bref, une bien jolie bouteille, je confirme.
La suivante, c'est notre vigneronne fétichiste et prolifique, Iris, qui nous fait le coup de la charge de Walkyries, avec non pas un mais 5 vins de guéridon (arrivé à ce stade de la découverte des compte-rendus, mon gosier commençait à craquer comme du vieil osier tant j'avais soif), le poète vigneron Christophe Beau, le couple débridé Dupéré Barrera, le terrien Thierry Navarre, Patrick Henquel et Fritz Croissant (pas d'épithètes pour ceux-là, je n'ai pas la chance de les connaître...), tous tirés de ses labyrinthiques archives à faire passer le KGB pour une mairie de la Creuse.
Puis c'est au tour d'Antoon de nous ouvrir les portes de son hémisphère droit, service des bouteilles de table, 3ème couloir à gauche, porte 19.
Blogger certainement pas (malheureusement assurément), j'ai donc l'honneur supplémentaire d'héberger à sa place son compte-rendu, que voici :
"Voilà un vin de table bu hier vendredi en plus !
Leda Viñas Viejas 1998Vino de Mesa de Castilla y Léon
Les raisins viennent d'une sélection rigoureuse autour de Tudela del Duero (village non en appellation, siège de Mauro) de vignes avoisinant le centenaire en moyenne de cépage Tinto del Païs, Tinto Fino, Aragonés ... Bref que des petits frères (clones) au célèbre Tempranillo (les noms dépendant de la localisation ainsi que des us & coutumes des vignerons).
C'est la troisième fois que je bois ce nectar, la première fut à Puerto-Rico en décembre 2000, il y avait fallut 2 jours de carafage pour qu'il s'exprime enfin !
Là, je l'ai carafé 3h à l'avance. La robe se montre rubis intense et profond. Le nez dévoile une forte complexité, mêlé de fruits, d'épices, et de torréfaction : framboise-griotte-myrtille, canelle-poivre blanc, café-chocolat-toast. L'attaque en bouche est explosive ; elle reflète la robe et le nez, c'est à dire généreuse. Le milieu est encore très dense, où l'aromaticité reste emprisonnée par la multitude des tanins fins. La finale parfait comme un feu d'artifice de saveurs réglisse, moka, cèdre, tabac (tiens un cubain !) menées par bien sur les tanins mais également par une certaine minéralité voire florale avec une pointe de violette.
Un Grand Vin parmi l'élite (La Tâche du Domaine, Cerequio Barolo de Roberto Voerzio , et autres grands crus), le Leda 1998 se veut concentré mais élégant tout de même et muni aussi d'un superbe équilibre; il demande encore 5 ans pour nous dévoiler au mieux toutes ses richesses.
Evidemment à boire en magnum avec le Lechazo de Zurita (cuisine à la braise, situé en face de la bodega Mauro) !
Toon"
Ah ben on dit juste bravo et surtout ENCORE!
Ensuite vient Hubert, mister Jaming, avec une vendange tardive de sauvignon tombée du paradis, du magnifique château angevin de Suronde régi par le talentueux Francis Poirel. Là je programme mon téléphone et je préviens mes voisins, dans le cas où je ne donne pas signe de vie dès la lendemain il leur faudra me déposer dans la corbeille des vieux papiers... ma langue se parchemine!
Même s'il a un peu triché, il l'avoue lui même, sa trouvaille mérite la soif.
La cuvée énigmatique de Cyril Alonso fort justement baptisée "The Vin de Table"!
A ce stade avancé de déshydratation, sans élixir alchimique mon salut se trouvait derrière cette paroi de verre arrondie...
Le gazier on le connait, a fortiori depuis sa dernière consécration au guide Gault et Millau.
Pas bloggueur, juste blagueur.
Sa compagne Karine étant fortement soupçonnée d'être l'éminence grise derrière cette impertinence devenue récurrente...
Une pathologie qu'on pourra retrouver sous toutes les latitudes d'ailleurs, plutôt fréquemment chez les vignerons....
Cyril n'a pas de vignes, mais il a du talent (on peut le chanter sur l'air de Kirikou, ça marche assez bien), et son restaurateur de papa (jusqu'à il n'y a pas très longtemps le tenancier de la fabuleuse Table de Chaintré, avant qu'il s'offre une petite retraite de bistrotier ++, dans le sud) lui a ouvert bien des portes (de chais) lorsque, ensemble, ils arpentaient Bourgogne et Beaujolais pour "faire leurs courses" chez les plus grands.
Diplôme d'oenologie en poche, allergique aux sulfites (c'est de famille paraît-il), il a traîné longtemps dans les jupes de Marcel Lapierre avant de se lancer en tant que "petit négociant au naturel" à Romanèche Thorins, en plein Moulin-à-Vent.
Cette cuvée (au moment où j'écris ces lignes je me force à ralentir le rythme pour m'éviter de devoir réécrire mon papier à l'imparfait) provient de raisins nés en 2005 chez Philippe Valette, d'une parcelle de petites mémés classée en appellation Pouilly-Vinzelles. Du vieux chardo donc.
Après une vinification qui pourrait faire songer à du laxisme décontracté tant les jus sont restés à l'état sauvage sans savoir distinguer le crâne chauve de notre homme d'un vulgaire bac à douche, et 2 ans d'élevage nature (niet soufre kamarad), sous bois et sur lies, le bébé patientera encore 6 mois en cuves pour patiner cette belle matière.
Une vendange bien mûre, un millésime généreux, un vigneron amoureux.
Et patatras, une fois les sucres mangés, diantre, 14,8°!
Là j'en arrive à la raison qui en a fait un vin de table : le décret d'appellation n'autorise qu'un maximum de 13,5° dans le vin fini... Alors que nombreux sont les voisins qui peinent à tenir le minimum, même en chaptalisant!
A l'ouverture c'est déjà un Las Vegas olfactif, du genre à vous faire une crampe à l'appendice nasal. On y sent du genêt, de la mirabelle, de la fumée de tourbe (non sans rappeler certains malts iliens écossais), entre autres fragrances diaboliques. Mais ça va vite, on a l'impression d'être au premier rang du Tour de France, genre peloton de tête à 3 km de l'arrivée mais avec plus de monde, en essayant de tous les prendre en photos individuellement. Impossible de les nommer, mais là y a du vin nididju!
La bouche (oui, on va toujours trop vite) est langoureuse, elle s'attarde comme une Carole Bouquet en shopping, elle vous caresse, vous frôle, à la fois tendue et généreuse.
Le décolleté est discret, mais il maîtrise l'art du sous-entendu...
Cire d'abeille, puis encaustique, jasmin, peau de poulet rôti, canelle, pomme bien mûre...
Cette fois-ci les cyclistes sont dans ma bouche et je crois que c'est à ce moment-là que je me suis évanoui.
Ou pâmé peut-être conviendrait mieux.
A mon réveil, un esprit farceur et décérébré que je nommerai par dépit korrigan, à défaut de savoir qui il est réellement, avait fait un sort à ma jolie fiole, ou plutôt son contenu. Argh.
Mais je reprends rapidement confiance, car il me reste quelques autres bouteilles...
Merci à tous, on remet ça quand vous voulez.
Ok ok ok, je me fais prier certes, c'est vrai qu'en même tant que j'attendais fébrilement l'édition qui allait marquer mon entrée dans ce cercle des participants frappadingues des VdV (pour info à l'attention de celles et ceux qui ne connaitraient pas ces dégustations chroniques, tenues par des des bloggueurs internationaux autour d'un thème défini chaque mois, l'essentiel est là), le doûte m'assaillit soudainement : serais-je à la hauteur ?
En tout cas en terme de délais la réponse est clairement non, puisque je suis en retard les amis...
Malgré tout, et puisque ces prochains instants de liesse collective sont peut-être compromis par un lobby hygiéniste qui légifère à tour de bras pour nous baillonner, je me suis dit que cette fois-ci serait potentiellement la dernière occasion de témoigner à visage découvert...
Alors, venons-en aux faits, qui se lance dans un Vendredi du Vin sur le thème du Grenache dans tous ses états doit éviter les écueils autant que les lieux communs pour se faire lire. A la trappe donc le Roussillon que j'affectionne pourtant avec ses Banyuls et autres Collioure, idem pour Chateauneuf, trop convenu. Et pour ce qui est de la production hors France, en bon froggy chauvin, je suis aussi un parfait inculte...
J'ai donc jeté mon dévolu sur une bouteille atypique, la cuvée l'Authentique 2003, un Côtes du Rhône de chez Sylvie et Jean Beaumont du Domaine du Faucon Doré (Faucon - 84).
Atypique à plus d'un titre puisqu'un CdR issu à 100% de Grenache Noir ça court pas les rues. Et quand les vignes ont 80 piges, qu'on laisse faire la nature sur un millésime comme 2003 sous de telles latitudes ça donne ce que j'appelle un Jean Gabin, du genre qui ne passe pas inaperçu dans un repas.... 15° bien tassés (en comptant la marge d'erreur de 0.5° évidemment...), ça c'est bien le reflet d'une des caractéristiques de ce cépage : ça chauffe les oreilles!
Et comme tous les Jean Gabin que je connais, ils vous donnent le sentiment d'une étreinte fougueuse avec Mohamed Ali à minuit le 31 décembre... Donc c'est pas pour tous les jours évidemment.
C'est bien sur une image, je tiens à rassurer celles et ceux qui me connaissent en leur martelant que je n'ai pas changé de confession pour autant ;-)
Parfois un petit 12.5° peut vous assommer sans crier gare, alors que celui-ci est parfaitement équilibré.
Très gourmand certes vous avez deviné, mais aussi doté d'un fruit intense qui porte les arômes percutants de réglisse et de truffe. J'ai donc été particulièrement surpris de constater que l'accord d'hier soir s'est tout de même opéré sans heurt, sur un délicat risotto aux cèpes qui a joué à saute mouton avec la truffe du vin.
Bien sur il aura fallu passer par un carafage assez long (3 heures) pour assouplir une trame tannique encore assez peu fondue, et prendre soin de servir le vin point trop chaud (14° pour réhausser le fruit). Lorsqu'on prend la peine de réunir ces conditions, le miracle opère ;-)
Je renouvelle donc mes félicitations au couple Beaumont, des Grenache comme ça j'en veux pour toute la vie!
Et mes remerciements chaleureux à Geneviève du blog Gare Aux Goûts qui hébergeait cette 12ème édition, pour sa grande patience et son indéfectible détermination.